VIOLENCE

Pendant des siècles, l’histoire de l’Europe centrale est marquée par des conflits, guerres, violences paramilitaires, révolutions et des contre-révolutions, ainsi que par des actes répétés d’agression de la part des territoires et des États envers leurs propres citoyens. La violence extrême et le génocide ont caractérisé l’Europe du vingtième siècle à tel point que celui-ci a été qualifié à la fois de « siècle des extrêmes » et de « siècle de la violence ». Et la violence se poursuit au XXIe siècle. Les configurations et les manifestations de la violence ont une incidence sur les individus; elles transforment les États, les sociétés et les communautés sur le plan géographique, démographique, politique, social et culturel. Une constante dans la trajectoire historique de toutes les sociétés locales, qu’elles soient démocratiques ou autoritaires, l’exercice de la violence étatique, collective ou individuelle laisse les chercheurs en sciences humaines et sociales aux prises avec la compréhension de sa nature, de ses causes, de ses objectifs, de ses implications et de ses répercussions. Par ailleurs, avec la montée des mouvements d’extrême droite et des actes de violence liés à nombreux facteurs idéologiques, économiques et sociaux, renouveler les débats entourant le champ s’avère d’une indéniable urgence, puisant sur les différentes disciplines afin d’ouvrir de nouveaux horizons.

Ce panel vise à encourager des réflexions interdisciplinaires sur la violence—en tant que concept et phénomène—dans le contexte de l’Europe centrale. Comment, par exemple, les multiples histoires de violence dans la région se sont-elles superposées et entrecroisées? Comment les chercheurs ont-ils cherché à donner sens à la relation entre violence et pouvoir, en tenant compte de leurs dimensions culturelles, sociales et politiques ? Quand et pourquoi les individus, les institutions et les États en sont-ils venus à croire que les méthodes pacifiques étaient insuffisantes pour atteindre leurs objectifs sociaux ou politiques ? Comment des formes diverses de violence sont-elles utilisées pour exercer un contrôle sur les individus et les sociétés ? Quels types de liens existent entre la violence et l’État moderne et comment les chercheurs ont-ils tenté de les comprendre ? Qu’est-ce qui pousse et maintient la violence perpétrée contre ou au nom de la religion ou de l’appartenance ethnique ? Qu’en est-il de la violence qui n’est pas nécessairement motivée par une forme quelconque d’idéologie ? Plus encore, comment étudier, mettre en lumière et comprendre les actes quotidiens de violence domestique ou intime et leurs conséquences ? Enfin, comment les différentes expériences de la violence exercent-elles une influence sur la mémoire et sur les démarches de réconciliation ? Quel rôle la résolution des conflits a-t-elle joué dans l’arrêt de la violence et quelles sont ses limites ? Comment l’étude des émotions pourrait-elle nous aider à comprendre le phénomène de violence ? Les exposés de position pourraient aborder n’importe laquelle de ces questions, en s’appuyant, par exemple, sur une perspective disciplinaire particulière. Ils pourraient également explorer les origines de la violence, qu’il s’agisse de ses déterminants ou de ses moteurs, par rapport aux actes perpétrés par des individus, des institutions ou des groupes. De même, ils pourraient considérer les manifestations de la violence culturelle, sociopolitique ou sexuelle, linguistique—sexuée, racialisée, symbolique, matérielle, coloniale, individuelle—toute comme la perpétration de la violence de masse. Dans leurs communications, les participants pourraient aussi traiter des conséquences sociales, psychologiques, juridiques ou physiques de la violence. Autre option : réfléchir sur les différents véhicules et représentations de la violence dans l’art, la musique, la littérature, la presse et les médias ou dans la mémoire nationale, transnationale, communautaire et individuelle. Les contributions provenant de toute discipline et tout champ de recherche seront les bienvenues.